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Chronotype : pourquoi un match à 13 h n'est pas le même match pour tout le monde

Dr Flavien BaourMédecin MPR, médecin du sommeil ·

Le stade affiche une heure. Le cerveau des joueurs en affiche une autre, et pas la même pour tous. Le chronotype est une caractéristique physiologique individuelle, encore peu regardée dans le sport, alors qu'elle décale la fenêtre de performance de plusieurs heures.

Le stade affiche 15 h. Pour le cerveau des vingt-deux joueurs sur le terrain, il n’est pas 15 h, et surtout, il n’est pas la même heure pour tous.

Les encadrements sportifs gardent confidentielles beaucoup de données physiologiques : puissance maximale, VO2 max, charges d’entraînement. Ces indicateurs commencent à être connus du grand public. Il en existe un autre, propre à chaque athlète, qui reste largement absent des discussions.

Une horloge centrale, et son chef d’orchestre

Les performances humaines suivent un rythme d’environ vingt-quatre heures. Ce rythme est orchestré par une structure cérébrale de moins de vingt mille neurones, le noyau suprachiasmatique, située dans l’hypothalamus.

Chaque jour, la lumière captée par les cellules ganglionnaires de la rétine est transmise au noyau suprachiasmatique par un réseau nerveux. Celui-ci se règle dessus, puis synchronise les horloges présentes dans presque tous les tissus de l’organisme.

Cette coordination porte sur la sécrétion de mélatonine, le cortisol, la température corporelle centrale, le métabolisme, les fonctions cognitives et les performances neuromusculaires. L’objectif est simple à énoncer : que chaque système fonctionne au bon moment.

Le chronotype n’est pas une habitude

Cette horloge n’est pas réglée de la même façon chez tout le monde. Chaque individu a un chronotype, c’est-à-dire une préférence biologique pour être performant plus tôt ou plus tard dans la journée.

Ce point mérite d’être posé clairement, parce qu’il est souvent mal compris : il ne s’agit pas d’une habitude, ni d’une question de discipline ou de motivation. C’est une caractéristique physiologique, influencée par l’âge, la génétique et l’environnement lumineux.

Chez un chronotype matinal, le pic de vigilance et de performance survient tôt. Chez un chronotype tardif, les mêmes rythmes sont décalés de plusieurs heures. Deux joueurs de la même équipe peuvent donc avoir des fenêtres optimales nettement différentes.

Ce qui oscille au cours de la journée

Le lien avec la performance est documenté : les sportifs obtiennent souvent leurs meilleurs résultats lorsqu’ils concourent à leur heure biologique préférentielle. Selon les protocoles, les écarts observés sur la puissance, la vitesse ou le temps de réaction peuvent être importants.

La raison tient à ce qui varie au fil de la journée :

  • la température corporelle centrale ;
  • la vitesse de conduction nerveuse ;
  • le recrutement neuromusculaire ;
  • la vigilance ;
  • les fonctions exécutives.

Quand ces rythmes sont alignés, le cerveau et les muscles travaillent dans leur fenêtre optimale. Quand ils ne le sont pas, chacun de ces paramètres se situe un peu en deçà de ce qu’il pourrait être.

Deux joueurs, deux heures biologiques

C’est ici que la question devient concrète. Un coup d’envoi à 13 h ne représente pas la même contrainte physiologique pour tous les joueurs alignés. Pour certains, il tombe près de leur pic biologique. Pour d’autres, il survient plusieurs heures avant.

Autrement dit, deux joueurs aux qualités techniques et athlétiques comparables ne disposent pas nécessairement des mêmes ressources au coup d’envoi, pour une raison qui n’a rien à voir avec leur préparation.

Les ligues nord-américaines offrent peut-être déjà un aperçu du phénomène. Pour satisfaire les diffuseurs européens, certaines rencontres de NBA du week-end débutent à 13 h heure locale. Ces matchs présentent souvent des pourcentages de réussite au tir plus faibles que les matchs du soir. Un moins bon alignement entre l’heure de la rencontre et l’heure biologique des joueurs fait partie des hypothèses avancées pour l’expliquer, sans être la seule.

Ce que les encadrements commencent à faire

Plusieurs structures de haut niveau intègrent désormais cette variabilité, avec des moyens simples : questionnaires de chronotype, actimétrie, stratégies d’exposition à la lumière, horaires d’entraînement individualisés.

L’objectif n’est pas de modifier le chronotype d’un athlète. Cela ne se fait pas. Il est de réduire l’écart entre son horloge biologique et ce que la compétition exige de lui, à l’heure où elle l’exige.

C’est un travail de préparation, pas un réglage de dernière minute. Il commence plusieurs jours avant l’échéance, et il se joue sur des paramètres qu’un encadrement contrôle : le moment de la lumière, celui du sommeil, celui de l’entraînement.

Références

  • Vitale JA, Weydahl A. Chronotype, physical activity, and sport performance: a systematic review.
  • Facer-Childs ER, et al. Circadian phenotype impacts the brain’s resting-state functional connectivity, attentional performance and sleepiness.
  • Chtourou H, Souissi N. The effect of training at a specific time of day: a review.
  • Atkinson G, Reilly T. Circadian variation in sports performance.
  • Roenneberg T. Chronotype, social jetlag and human performance.